En bref
En 1965, un immeuble de 18 étages à Saint Paul abritait simultanément neuf étages d'employés municipaux appliquant l'heure d'été et neuf étages d'employés du comté maintenant l'heure standard.
Trois points à retenir
- Avant 1966, chaque échelon administratif américain décidait librement d'adopter ou non l'heure d'été, créant un patchwork temporel.
- Dans cet immeuble, un même ascenseur desservait des bureaux affichant 11 heures et d'autres n'en étant qu'à 10 heures.
- L'Uniform Time Act de 1966 a mis fin à ces situations en imposant des dates communes et une application cohérente sur tout le territoire d'un État.
La réponse en bref
Oui, en 1965 à Saint Paul, un immeuble de 18 étages abritait effectivement deux heures officielles simultanées : les neuf étages gérés par la ville appliquaient l'heure d'été tandis que les neuf étages du comté maintenaient l'heure standard.
Un immeuble, deux heures officielles : la scène improbable de Saint Paul
Imaginez monter dans un ascenseur et voir votre montre avancer d’une heure en passant d’un étage à l’autre. Ce qui ressemble à un paradoxe de science-fiction s’est pourtant bel et bien produit dans un immeuble de 18 étages aux États-Unis, dans les années 1960. Pas dans un roman, pas dans un film — dans la vraie vie.
En 1965, à Saint Paul, dans le Minnesota, un visiteur pénétrant dans un immeuble administratif se retrouvait face à une réalité déconcertante : deux heures officielles coexistaient sous un même toit. Les étages gérés par la ville avaient adopté l’heure d’été, tandis que ceux relevant du comté maintenaient l’heure standard. Des réunions pouvaient donc commencer avec une heure d’écart… dans le même bâtiment.
Neuf étages à l’heure d’été, neuf étages à l’heure d’hiver
C’est Michael Downing, écrivain et professeur à l’université Tufts et spécialiste reconnu du changement d’heure, qui a mis en lumière cet épisode saisissant. Il le décrit en ces termes : « En 1965, quelqu’un est entré dans un immeuble de bureaux de 18 étages à Saint Paul, dans le Minnesota, et a découvert qu’il abritait neuf étages d’employés de la ville qui appliquaient l’heure d’été et neuf étages d’employés du comté qui ne l’appliquaient pas. »
Dans la pratique, un même ascenseur desservait des bureaux où les agents municipaux affichaient « 11 heures » et, quelques secondes plus tard, des espaces où les équipes du comté n’en étaient qu’à « 10 heures ». Ce bâtiment correspond au Saint Paul City Hall et au Ramsey County Courthouse, un ensemble de 18 étages occupé conjointement par la ville et le comté de Ramsey.
Avant l’Uniform Time Act : une mosaïque horaire incontrôlable
Jusqu’en 1966, aucune réglementation fédérale n’obligeait les États, les comtés ou les villes à adopter — ou à rejeter — l’heure d’été. Chaque échelon administratif tranchait de son côté. Le résultat était un véritable patchwork temporel, où deux municipalités voisines pouvaient parfaitement afficher des heures différentes, et où les services publics se retrouvaient en décalage au sein d’une même agglomération.
Dans la région de Minneapolis–Saint Paul, la presse de 1965 décrivait une confusion généralisée : la ville de Saint Paul avait basculé en heure d’été deux semaines avant Minneapolis. Policiers, pompiers et agents administratifs jonglaient alors avec des plannings incompatibles d’une rive du Mississippi à l’autre.
L’Uniform Time Act de 1966 : la fin du chaos horaire
Face à ces absurdités, le Congrès américain adopte en 1966 l’Uniform Time Act. Cette loi établit des dates communes de passage à l’heure d’été et impose à tout État qui choisit de l’appliquer de le faire de façon cohérente sur l’intégralité de son territoire. La surveillance de cette harmonisation est confiée au U.S. Department of Transportation.
La loi conserve néanmoins une certaine flexibilité : un État peut choisir de ne jamais basculer en heure d’été, à l’image de l’Arizona ou d’Hawaï. Mais il n’est désormais plus possible pour une ville ou un comté d’improviser son propre calendrier horaire. Dans ce nouveau cadre juridique, un immeuble de 18 étages partagé entre administrations ne peut plus accueillir deux temps officiels simultanés — mettant définitivement fin aux situations aberrantes observées en 1965.


