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Josune, propriétaire, se fait voler son appartement par la ruse de son locataire et ne peut toujours pas le récupérer 3 ans après : « Il a vendu les clés à une autre famille »

Un appartement acheté pour ses enfants, confisqué par des inconnus

À Málaga, une mère de famille avait un projet simple et concret : acheter un appartement pour que ses enfants puissent y vivre le temps de leurs études. Trois ans plus tard, ce logement est toujours occupé par des personnes qu’elle n’a jamais invitées, et ses enfants vivent ailleurs, loin de la ville. Josune est piégée dans un engrenage qu’elle n’arrive pas à briser.

Son histoire, révélée par Canal Málaga puis reprise par le quotidien La Razón, illustre un phénomène discret mais bien ancré dans le paysage immobilier espagnol : la vente des clés, une pratique qui transforme un simple logement en marchandise revendue à l’insu du propriétaire.

À Málaga, l’appartement de Josune pris dans l’engrenage de la vente de clés

En 2023, Josune fait l’acquisition d’un appartement situé sur la Plaza de Miraflores, à quelques minutes à peine de l’Université de Málaga. En attendant que ses enfants atteignent l’âge universitaire, elle confie la gestion locative à une entreprise immobilière chargée de trouver un locataire temporaire.

Ce qui s’ensuit dépasse tout ce qu’elle avait anticipé. Elle raconte : « Ce constructeur a fait entrer une famille pour vivre ici sans que je sache qui ils étaient, cette personne a disparu, la famille est restée, elle m’a contactée, ils m’ont dit qu’ils voulaient continuer à payer le loyer, ils ont payé un temps, des mois plus tard j’ai demandé à récupérer mon logement pour que mes enfants puissent étudier et j’ai fini par réussir à les faire partir, mais avant de s’en aller il a vendu la clé et quand je l’ai su j’avais déjà quatre personnes à l’intérieur vivant sans mon consentement, qui avaient acheté la clé à cette personne qui avait vécu là », détaille Josune.

Face à ces quatre nouveaux occupants, elle tente de trouver un terrain d’entente. Un contrat est établi, avec un montant fixé à 200 euros par personne. Les paiements arrivent deux fois, puis plus rien. « Alors je me sens dans une roue dont je ne peux pas sortir », confie-t-elle. Son fils est contraint d’étudier et de travailler hors de Málaga, tandis que sa fille réside à Ronda, faute de pouvoir s’installer dans la capitale andalouse.

Vente des clés : un marché informel qui rapporte gros

Les associations de propriétaires désignent sous le terme d’inquiokupación ces situations où un bail est signé avec la ferme intention de cesser rapidement tout paiement, en tablant sur la lenteur des procédures judiciaires pour prolonger l’occupation. Dans certains cas, le locataire initial franchit un cap supplémentaire en revendant l’accès au logement à d’autres personnes — c’est ce qu’on appelle « vendre la clé ».

Des reportages diffusés en Espagne décrivent un véritable petit commerce parallèle : des clés proposées autour de 1 200 euros, d’autres entre 2 000 et 2 500 euros, voire 3 000 ou 4 000 euros, parfois jusqu’à 6 000 euros selon la ville et l’état du bien. Ce système crée une chaîne d’occupants successifs qui complique considérablement toute démarche juridique.

Dans l’affaire de Josune, la plainte a bien été déposée, mais elle attend encore d’être pleinement traitée. Son avocat résume la situation sans détour, en pointant des délais qui jouent clairement « contre la propriété ». Il note également que les occupants trouvent invariablement une justification : « Ils trouvent toujours une excuse. Si ce n’est pas l’une, c’est l’autre. Mais, comme je dis, regardez, si vous ne pouvez pas payer 10, vous pouvez peut-être payer 2. Mais zéro, là non. »

Un contexte national qui fragilise les petits propriétaires

Le cas de Josune s’inscrit dans un contexte préoccupant à l’échelle de l’Espagne. La morosité moyenne des loyers a bondi de 16,5 % en 2025, contre 4,23 % l’année précédente. Face à cette réalité, 70 % des propriétaires privilégient désormais la réduction des risques juridiques plutôt que la maximisation du rendement locatif.

L’inquiokupación se nourrit précisément de ces failles : un contrat en bonne et due forme sert avant tout à retarder l’expulsion, pendant que le propriétaire continue d’assumer seul les charges courantes.

Propriétaires vulnérables : une injustice que Josune dénonce haut et fort

Pour Josune, l’enjeu dépasse largement la question financière. Elle s’indigne : « Il y en a un qui entre, fait commerce avec mon appartement et moi je ne peux rien faire et mes enfants attendent sans savoir non plus, mon fils étudie dehors, travaille dehors et ma fille aussi à Ronda parce qu’elle ne peut pas vivre à Málaga, alors c’est une injustice. »

Elle souligne que le débat public tourne souvent autour de la vulnérabilité des locataires, en oubliant que de nombreux petits bailleurs se retrouvent eux aussi dans des situations de grande fragilité. Sa conclusion est cinglante : « Et moi, en tant que petite propriétaire, personne ne me protège. On m’oblige à supporter des personnes pour lesquelles je dois payer les charges, la taxe foncière, la copropriété. Et je ne sais pas combien d’années je vais devoir rester comme ça. On m’a enlevé mes droits pour les leur donner. »

En attendant qu’une décision de justice soit rendue, l’appartement de la Plaza de Miraflores reste occupé par des inconnus que Josune n’a jamais choisis. Et le projet qu’elle avait construit pour ses enfants — leur offrir un toit à Málaga pendant leurs études — demeure, lui aussi, suspendu dans l’incertitude.