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Faut-il plastifier une vieille coupure de presse ?

En bref

La plastification d'une coupure de presse ancienne détériore irrémédiablement le papier acide en l'emprisonnant avec de la chaleur, de la pression et des adhésifs, alors que les archivistes recommandent la numérisation et le rangement dans des matériaux sans acide.

Trois points à retenir

  1. La plastification soumet le papier à chaleur et pression, introduit des adhésifs et rend l'opération pratiquement impossible à inverser
  2. Le papier journal est très acide depuis les années 1840 et la plastification emprisonne ces acides dans une enveloppe hermétique qui favorise moisissures et déformations
  3. Les archivistes recommandent de numériser la coupure et de ranger l'original à plat dans une chemise sans acide, entre 16 et 21 °C avec 40 à 50 % d'humidité

La réponse en bref

Non, il ne faut jamais plastifier une vieille coupure de presse car ce procédé détériore irrémédiablement le papier acide en l'emprisonnant avec chaleur, pression et adhésifs. Les archivistes recommandent plutôt de numériser le document et de conserver l'original dans une chemise sans acide.

Plastifier une coupure de presse : un réflexe trompeur

Un faire-part de mariage découpé dans le journal local, un article célébrant un exploit sportif, ou la mention d’un proche passé à la télévision… Le réflexe est presque automatique : direction la papeterie, une pochette plastique, et le tour est joué pour « sauvegarder » le précieux document. Le geste semble raisonnable, voire protecteur. Pourtant, du côté des archivistes professionnels, c’est immédiatement l’alarme.

Le papier journal compte parmi les supports les plus vulnérables qui soient : pâte de bois fortement acide, encre instable, fibres qui se fragilisent rapidement sous l’effet combiné de la lumière et de l’humidité. Des institutions comme les Archives nationales américaines ou le gouvernement du Québec ont publié des recommandations précises sur le sujet. Et leur position réserve souvent une vraie surprise.

Pourquoi la plastification détériore le papier au lieu de le protéger

Le National Archives and Records Administration est catégorique : la règle à appliquer est de ne jamais laminer les documents que l’on souhaite conserver. La plastification soumet la coupure à de la chaleur et à de la pression, l’emprisonnant entre deux feuilles plastiques collées. Ce procédé transforme irrémédiablement le papier, introduit des adhésifs dans sa structure et rend l’opération pratiquement impossible à inverser. La bibliothèque de l’Université de l’Illinois formule le même avertissement pour les documents anciens.

Les spécialistes de l’Institut canadien de conservation rappellent que le papier de presse est déjà très acide depuis les années 1840, ce qui accélère naturellement son vieillissement. En le plastifiant, on emprisonne ses acides ainsi que ceux des colles dans une enveloppe hermétique qui ne respire plus. Certains plastiques finissent par jaunir, devenir cassants et libérer eux-mêmes de l’acidité supplémentaire. Une soudure imparfaite ou le moindre micro-dégât suffit à laisser pénétrer l’humidité, qui reste alors piégée contre le papier et favorise l’apparition de taches, de déformations, voire de moisissures — sans oublier le risque de contamination des documents rangés à proximité.

Conserver l’objet ou conserver l’information : une question clé

Les Archives nationales américaines proposent une approche pragmatique : avant d’agir, il faut se demander si l’on cherche à préserver l’objet physique lui-même ou uniquement ce qu’il raconte. Si la coupure possède une forte valeur affective ou patrimoniale, elle doit être traitée comme une pièce de collection à part entière.

Concrètement, cela implique un environnement stable, maintenu entre 16 et 21 °C, avec un taux d’humidité relative compris entre 40 et 50 %, à l’écart des radiateurs, de la cuisine et des fenêtres exposées au soleil. La coupure se conserve à plat, glissée dans une chemise ou une pochette de qualité archive, sans acide, accompagnée si possible d’un papier de réserve alcaline pour neutraliser les réactions acides. Agrafes, trombones et ruban adhésif sont à bannir absolument.

Si c’est avant tout l’information qui importe, les organismes de conservation préconisent la copie : numérisation en haute résolution ou photocopie sur papier permanent. L’original reste alors conservé en sécurité, à l’abri de la lumière, pendant que la copie peut être manipulée, annotée ou affichée sans risque. Cette copie, elle, peut tout à fait être plastifiée, puisque l’objet à préserver ne subit aucune transformation.

Quelles alternatives à la plastification pour protéger une coupure de presse ?

La solution la plus accessible consiste à numériser la coupure, puis à ranger l’original dans une chemise et une boîte carton sans acide, adaptées au format du document. Le gouvernement du Québec recommande explicitement de ne pas faire laminer les documents sur papier et de privilégier des matériaux neutres pour tout rangement ou encadrement.

Pour un niveau de protection supérieur, certaines institutions ont recours à l’encapsulation polyester : la coupure est simplement glissée entre deux films en polyester stable — de type Mylar D ou Melinex 516 — fermés sur les bords sans chaleur ni colle, ce qui rend le procédé totalement réversible.

Le Smithsonian et les réseaux d’archives professionnels insistent sur une distinction fondamentale : encapsulation n’est pas plastification. Le document n’adhère pas au plastique, il est simplement maintenu, ce qui permet de l’extraire à tout moment pour un traitement ultérieur. En revanche, les pochettes en PVC souple et les pochettes « bureau » bon marché sont à éviter absolument, car elles peuvent libérer des plastifiants et des acides nocifs. Voici les gestes essentiels à retenir :

  • Ne jamais plastifier la coupure originale.
  • La numériser ou la photocopier dès que possible.
  • Ranger l’original à plat, dans une chemise et une boîte sans acide.
  • Conserver l’ensemble dans une pièce tempérée et suffisamment sèche.
  • Exposer une copie encadrée plutôt que l’original.