Un refus bancaire lié à l’âge ne condamne pas forcément un projet
Un refus lié à l’âge ne ferme pas systématiquement toutes les portes. La première chose à faire, c’est d’identifier précisément ce qui bloque : la durée du prêt, le coût de l’assurance, le taux d’effort, les garanties, ou encore le profil des co-emprunteurs. Ce n’est qu’après ce diagnostic qu’il devient pertinent de solliciter d’autres établissements ou de retravailler la structure du projet.
Cette situation a été évoquée dans l’émission On vous doit bien ça, animée par Enora Malagré sur ICI et diffusée le 3 novembre 2026. Martine, auditrice originaire du Vaucluse âgée de 67 ans, y a témoigné d’un refus de financement pour l’achat d’un studio destiné à la location. Roselyne Conan, directrice générale de l’ANIL, était l’invitée de cet épisode consacré au crédit immobilier.
Ce que Martine a vécu avec sa banque
D’après son témoignage, Martine est déjà propriétaire de sa résidence principale. Le bien qu’elle convoitait se trouvait à proximité immédiate : un petit studio qu’elle envisageait de mettre en location rapidement, sans travaux à réaliser ni charges de copropriété selon ses dires. Elle expliquait que les loyers escomptés devaient suffire à couvrir le financement.
Pourtant, la banque aurait opposé un refus, en invoquant notamment son âge : à 67 ans, le remboursement du prêt se serait achevé après ses 80 ans. Martine mentionne également que les mensualités, assurance emprunteur incluse, étaient devenues trop lourdes à supporter. Ce témoignage illustre un point concret pour quiconque cherche à emprunter après 60 ans : le taux nominal n’est qu’une fraction du problème réel.
Martine a aussi évoqué la piste d’une SCI montée avec sa fille. Mais le profil de cette dernière, auto-entrepreneure depuis moins de trois ans selon le témoignage, n’aurait pas convaincu l’établissement. À l’antenne, consulter d’autres banques et envisager un montage alternatif ont été avancés comme pistes, sans garantie de succès.
Pourquoi l’âge peut compliquer l’accès au crédit immobilier
Les données publiques ne stipulent pas qu’un emprunteur de 67 ans serait automatiquement exclu du crédit immobilier. En revanche, plusieurs critères peuvent se conjuguer de façon défavorable. Les règles encadrées par le Haut Conseil de stabilité financière prévoient notamment un taux d’effort plafonné à 35 % et une durée de crédit généralement limitée à 25 ans, pouvant exceptionnellement atteindre 27 ans.
Ces règles accordent une certaine marge de manœuvre aux banques, mais elle reste balisée. Pour un investissement locatif qui ne relève pas des cas prioritaires, cette flexibilité peut s’avérer encore plus restreinte. Concrètement, deux dossiers similaires ne seront pas nécessairement traités de la même façon selon l’établissement, son appétit pour le risque et la configuration du projet.
L’assurance emprunteur représente également un poids considérable. Elle est intégrée dans les charges dès lors que le crédit en dépend. La suppression du questionnaire de santé n’est possible que sous des conditions bien précises, notamment lorsque la part assurée par personne ne dépasse pas 200 000 euros et que le remboursement total intervient avant les 60 ans de l’assuré. Pour une personne déjà à la retraite, l’âge de fin de prêt et le coût des garanties peuvent donc bouleverser l’équilibre financier global du projet.
Après un refus : comparer, ajuster, et ne pas idéaliser la SCI
La démarche la plus directe consiste à demander des explications détaillées à sa banque, puis à soumettre le dossier à d’autres établissements. Ce n’est pas une garantie d’obtention : chaque banque reste libre d’accorder ou de refuser un prêt. Mais l’utilisation de la marge de flexibilité et l’appréciation du risque peuvent varier sensiblement d’un organisme à l’autre.
Lorsque c’est l’assurance qui bloque, certaines garanties alternatives méritent d’être explorées : le cautionnement, le nantissement d’un capital ou encore l’hypothèque. Là aussi, leur recevabilité est appréciée au cas par cas par l’organisme prêteur. Ce sont des pistes à discuter, non des droits automatiquement acquis.
La SCI peut également figurer parmi les options envisageables pour acheter à plusieurs. Mais elle ne constitue pas un levier bancaire miracle. Les règles du Haut Conseil de stabilité financière peuvent s’appliquer à un prêt accordé à une SCI ou destiné à l’acquisition de parts de SCI. Selon le montage retenu, l’analyse peut s’effectuer comme pour des co-emprunteurs ou relever d’un traitement plus spécifique.
Par ailleurs, une SCI soumise à l’impôt sur les sociétés engendre des conséquences comptables et fiscales très différentes d’une SCI classique à l’impôt sur le revenu. Avant d’en faire la réponse à un refus de prêt, il vaut donc mieux consulter un notaire, un expert-comptable ou un conseiller fiscal. Le témoignage de Martine ouvre une piste précieuse : après un premier refus, l’essentiel est de reprendre le dossier point par point, plutôt que de conclure trop hâtivement que le projet est définitivement impossible.


