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À Bastia, Isabelle revient cueillir des clémentines dans le jardin de la maison familiale squattée depuis huit ans : « Elle a eu le culot de me faire mettre dehors de chez moi »

Un jardin familial devenu inaccessible à Bastia

À Bastia, une famille endure un véritable enfer depuis maintenant huit ans. Leur maison, mise en vente en 2017, leur échappe encore aujourd’hui — et ce, malgré une décision de justice ordonnant formellement l’expulsion de l’occupante. La situation prend une tournure particulièrement cruelle : même l’accès au jardin, où un vieux clémentinier planté en 1933 par le grand-père de la famille continue de pousser, leur est désormais refusé.

C’est Isabelle, la fille de la propriétaire, qui a voulu un jour retourner dans ce jardin pour y ramasser quelques fruits. Cette visite anodine s’est terminée par l’arrivée des forces de l’ordre — et par une humiliation qu’elle ne parvient pas à oublier. Une poignée de clémentines a suffi à révéler toute l’absurdité et l’injustice de cette situation.

Clémentines et humiliation : le jour où Isabelle s’est fait expulser de chez elle

Isabelle raconte être entrée dans le jardin familial « pour ramasser des clémentines sur l’arbre que mon grand-père avait planté en 1933 ». À ce moment-là, la maison est occupée par une femme d’une quarantaine d’années — la toute première visiteuse lors de la mise en vente en 2017 — qui a fait changer la serrure et se présente désormais comme la propriétaire des lieux.

En apercevant Isabelle dans le jardin, la squatteuse contacte immédiatement la police. La scène, rapportée notamment par ICI RCFM et Le Figaro Immobilier, laisse Isabelle profondément meurtrie. « Elle a eu le culot d’appeler et de me faire mettre dehors de chez moi », s’indigne-t-elle. Se faire traiter comme une intruse dans le jardin d’une maison appartenant légalement à sa mère, Valérie, reste pour elle une blessure difficile à surmonter.

Huit ans de combat judiciaire autour d’une maison squattée à Bastia

Tout remonte à 2017, quand Valérie décide de mettre en vente sa maison située à Bastia. Une première visiteuse se dit intéressée. Mais lors d’une visite ultérieure organisée avec un autre acheteur potentiel, la famille constate que la serrure a été changée et que la maison est occupée. La visiteuse s’est installée, refuse de partir et prétend être chez elle. À cette époque, la loi anti-squats n’existait pas encore.

Valérie se retrouve alors contrainte d’entamer une longue procédure judiciaire pour récupérer son bien. Après plusieurs années d’efforts et de démarches, la justice lui donne finalement raison : le 19 février 2024, une décision ordonne l’expulsion de la squatteuse. Mais le soulagement est de courte durée. Selon la préfecture de Haute-Corse, « par courrier du 21 juillet 2025, le préfet a accordé au commissaire de justice le concours de la force publique afin de procéder à l’expulser à compter du 15 septembre 2025, si la personne concernée n’a pas quitté les lieux d’ici là ». Des mois supplémentaires d’attente en perspective.

Loi anti-squats : ce que risquent réellement squatteurs et propriétaires

Cette affaire illustre une réalité juridique particulièrement paradoxale. Comme le souligne Le Figaro Immobilier, un squatteur qui risque 3 ans de prison et 45 000 euros d’amende pour occupation illégale du bien d’autrui peut, dans le même temps, attaquer en justice le propriétaire qui tenterait de réintégrer son propre logement — pour violation de domicile. En d’autres termes, reprendre son bien par la force peut exposer le propriétaire lui-même à des poursuites pénales.

La procédure dite « accélérée », souvent résumée par le délai de 72 heures, permet au préfet d’ordonner l’évacuation d’un logement occupé illégalement, sous certaines conditions et sur demande du propriétaire. Ce dernier doit apporter la preuve de sa qualité de titulaire du bien — titre de propriété, factures, taxe foncière — puis déposer plainte et saisir la préfecture. Les autorités vérifient ensuite la situation, consultent si nécessaire l’administration fiscale, et décident de mobiliser ou non la force publique. Une règle demeure néanmoins absolue : se faire justice soi-même en expulsant un occupant par ses propres moyens expose systématiquement le propriétaire à des poursuites pénales.