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Rénovation énergétique : la décision de Maud Bregeon supprime cinq aides essentielles et pourrait vous coûter plus cher

Un arbitrage budgétaire discret aux lourdes conséquences sociales

Derrière une décision en apparence technique se cache un bouleversement majeur pour les ménages les plus vulnérables et les petites communes de France. En plein cœur du débat sur la facture d’énergie, Maud Bregeon, ministre de l’Énergie, a opéré un virage budgétaire qui risque de peser très lourd sur les passoires thermiques et les écoles de village.

C’est le 20 octobre 2026 que le ministère de l’Énergie a officialisé la suppression, à compter de 2027, de cinq programmes financés par les Certificats d’économies d’énergie (CEE). Ces dispositifs ciblaient spécifiquement les ménages en situation de précarité énergétique ainsi que les collectivités territoriales. Environ 100 millions d’euros par an étaient jusqu’alors consacrés à ces programmes sociaux.

Maud Bregeon recentre les CEE sur l’électrification

La justification officielle de ce choix est de « recentrer les CEE sur l’électrification », en donnant la priorité aux pompes à chaleur et aux véhicules électriques. Devant le Sénat, Maud Bregeon a rappelé que l’enveloppe globale des CEE devrait dépasser 8 milliards d’euros en 2026, les fournisseurs d’énergie étant tenus de financer des actions d’économies d’énergie. En réduisant la part dédiée aux programmes de précarité, la ministre aligne sa stratégie sur le plan d’électrification du gouvernement, qualifiant les critiques de « quelque peu décalées ».

Pourtant, le 28 mai, sur le plateau des Grandes Gueules, Maud Bregeon tenait un tout autre discours : « Avant de parler de climatisation, il faut faire de la rénovation énergétique. Climatiser des passoires thermiques, ça n’a aucun sens ». Au Sénat, les écologistes ont rappelé qu’une rénovation thermique bien conduite peut réduire d’environ 30 % la facture d’énergie d’un ménage. Les associations redoutent désormais qu’équiper les logements d’appareils électriques sans isolation préalable ne fasse grimper les factures des foyers les plus fragiles.

Cinq programmes de rénovation énergétique sacrifiés dès 2027

Les programmes concernés sont Toits d’Abord, Slime, Tims, Territoires zéro exclusion énergétique et Actee. Lancé en 2012, Toits d’Abord finançait chaque année entre 400 et 500 logements très sociaux (PLAI) à raison de 10 000 euros par logement. La proportion de ces logements PLAI est passée de 44 % à 41 % du parc social en dix ans, alors même que 62 % des demandeurs y sont éligibles.

« L’État a choisi, par cette décision, directement ou indirectement, de toucher aux plus précaires », estime Florian Huyghe, directeur adjoint de la Fondation pour le Logement. Les programmes Slime et Tims, portés par le réseau Cler, revendiquent plus de 300 000 personnes accompagnées pour identifier les situations de précarité énergétique et les orienter vers les dispositifs d’aide existants.

Territoires zéro exclusion énergétique visait quant à lui les zones rurales, où jusqu’à 20 % des ménages subissent le froid ou des factures insupportables. Sans l’ingénierie financée par les CEE, de nombreux petits maires craignent de ne plus disposer des moyens nécessaires pour monter des dossiers complexes de rénovation.

Le programme Actee, dédié aux bâtiments publics et créé en 2019, illustre le recul le plus brutal. Il avait déjà accompagné plus de 6 000 écoles. En juin 2026, l’exécutif annonçait vouloir atteindre 12 500 établissements adaptés au changement climatique. Un arrêté du 8 octobre a ramené cet objectif à seulement 2 500, soit une réduction de 80 %. « Cette décision brise l’élan de rénovation au moment où le mandat municipal s’ouvre, où les canicules ont fermé des écoles, où les prix de l’énergie s’envolent », alerte Guillaume Perrin, directeur du programme.

Précarité énergétique, écoles, élus : un dossier explosif pour 2027

L’ancienne ministre Agnès Pannier-Runacher dénonce ce virage vers l’électrification, qu’elle juge « purement technocratique et hémiplégique sur le plan social ». Le réseau Cler va encore plus loin dans la critique : « Arrêter le financement, c’est abandonner les ménages les plus précaires, et confirmer que la vision qu’a ce gouvernement de la politique publique environnementale se fera contre les classes populaires, au lieu d’avec et pour elles ».

Les associations soulignent également l’enjeu sanitaire : sans adaptation thermique, les écoles déjà fermées lors des dernières canicules demeureront vulnérables aux épisodes à venir. Pour l’opposition, la contradiction est flagrante entre les discours officiels sur la justice sociale et ces arbitrages budgétaires concrets.

La suppression de ces cinq programmes fait suite à une baisse de 40 millions d’euros du plan de rénovation thermique des écoles, annoncée en septembre 2026. Des élus locaux, à l’image de Dominique Ramard, maire de Saint-Juvat, réclament une « reconsidération » de la décision. Les collectivités, souvent en désaccord avec l’exécutif sur ce dossier, pourraient en faire le symbole d’un État qui se retire de la lutte contre la précarité énergétique, précisément au moment où les budgets 2027 se finalisent. La question demeure entière : face aux remontées du terrain, le gouvernement acceptera-t-il de rouvrir le débat avant l’arrêt effectif des premiers chantiers ?