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Ces personnes qui préfèrent réparer plutôt que remplacer ne sont pas radines : ce que révèlent les psychologues

En bref

Les personnes qui préfèrent réparer plutôt que remplacer leurs objets sont motivées principalement par le défi intellectuel, le sentiment de compétence et le besoin de se sentir utiles, et non par l'avarice.

Trois points à retenir

  1. 77 % des Européens déclarent préférer réparer leurs appareils plutôt que d'en acheter de nouveaux, selon un Eurobaromètre.
  2. L'effet IKEA démontre que les participants attribuent une valeur nettement plus élevée aux objets qu'ils ont fabriqués ou réparés eux-mêmes.
  3. Le sentiment d'efficacité personnelle se construit au fil d'expériences de maîtrise concrètes, chaque réparation représentant une petite victoire.

La réponse en bref

Ces personnes sont motivées par le défi intellectuel, la satisfaction de réussir et le besoin de se sentir utiles et compétentes, bien plus que par l'économie d'argent. La psychologie identifie le sentiment d'efficacité personnelle et l'effet IKEA comme mécanismes clés expliquant cet attachement à la réparation.

Réparer plutôt que remplacer : bien plus qu’une question d’argent

Dans presque toutes les familles, il existe un membre qui conserve la vieille cafetière « au cas où », qui démonte une lampe défectueuse au lieu d’en acquérir une neuve, ou qui collectionne des boîtes entières de vis et de câbles récupérés. Les remarques arrivent vite : « Tu es vraiment radin », « Achète-en une nouvelle, tu gagneras du temps ». Cette réputation s’installe facilement et dure longtemps.

Pourtant, les psychologues décrivent derrière ce réflexe de réparer plutôt que remplacer un profil bien plus complexe qu’une simple obsession des économies. Des recherches portant sur le rapport aux objets, le sentiment de compétence et la motivation humaine révèlent que d’autres mécanismes entrent en jeu. Et fait surprenant : l’argent n’est pas la première motivation invoquée.

Un malentendu tenace sur ceux qui réparent

Ce contresens a longtemps persisté. Comme le résume le média espagnol Okdiario, « pendant longtemps, ces personnes ont été traitées de radines ou de gens qui ne veulent pas dépenser ». Pourtant, ces mêmes individus consacrent parfois des heures entières à chercher une pièce introuvable ou à manipuler des outils qu’ils ne maîtrisent pas encore, pour un gain financier finalement modeste. Ce qui les anime, c’est davantage le défi intellectuel et la satisfaction d’y être parvenu que la valeur monétaire de l’objet.

Les données confirment cette tendance à grande échelle. D’après un Eurobaromètre, 77 % des Européens déclarent préférer réparer leurs appareils plutôt que d’en acheter de nouveaux. Si beaucoup y renoncent, c’est principalement parce que la réparation s’avère trop coûteuse ou trop complexe d’accès. Comme le souligne le site Sain et Naturel, « réparer les choses est une forme d’intelligence » : un objet abîmé devient un problème à comprendre et à résoudre, pas simplement un signal de mise au rebut.

Fierté et sentiment de compétence : ce que la psychologie observe

La recherche en psychologie mobilise ici la notion de sentiment d’efficacité personnelle. Pour le psychologue Albert Bandura, cette confiance dans sa propre capacité à agir se construit au fil d' »expériences de maîtrise », autrement dit de réussites concrètes et tangibles. Sain et Naturel formule cette idée ainsi : « La confiance survient souvent après la phase délicate des essais, des échecs, des nouvelles tentatives et de la découverte que le monde ne s’écroule pas lorsque la première tentative est maladroite. » Chaque appareil remis en état représente alors une petite victoire qui s’accumule.

Un autre éclairage décisif vient d’une étude signée Michael Norton, Daniel Mochon et Dan Ariely, publiée en 2012 dans le Journal of Consumer Psychology. Ces chercheurs ont demandé à des volontaires d’assembler des meubles IKEA, de plier des origamis ou de construire des modèles en Lego. Résultat : les participants attribuaient une valeur nettement plus élevée aux objets qu’ils avaient fabriqués de leurs propres mains, particulièrement lorsque la tâche avait été menée jusqu’au bout. C’est ce qu’on appelle l’effet IKEA. Réparer une cafetière en panne ou remettre en route une vieille tondeuse, c’est donc récupérer un objet fonctionnel, certes, mais aussi s’y attacher et éprouver un sentiment profond de compétence.

Se sentir utile : une motivation puissante, avec quelques nuances

Le média Okdiario met également en avant « la nécessité de continuer à être utile » chez ces bricoleurs du quotidien. Réparer, c’est démontrer qu’on peut encore aider, rendre service, transmettre un savoir-faire. La théorie de l’autodétermination développée par Edward Deci et Richard Ryan identifie précisément le besoin d’être utile, de se sentir compétent et autonome, comme un pilier fondamental de la motivation humaine. Remettre en état le grille-pain des enfants ou le vélo d’un voisin devient une manière très concrète de se sentir compté et reconnu.

Ce goût pour la réparation s’accompagne souvent de plusieurs aptitudes discrètes mais réelles :

  • une patience authentique face aux essais répétés et aux erreurs inévitables ;
  • une bonne tolérance à la frustration quand « ça ne marche toujours pas » ;
  • la capacité à apprendre seul, par observation ou en allant chercher l’information ;
  • un respect des objets, perçus comme quelque chose que l’on entretient plutôt que l’on abandonne.

Des psychologues rappellent cependant qu’une limite existe. Certaines réparations deviennent déraisonnables lorsque la sécurité est compromise, que le coût dépasse largement celui du remplacement, ou que l’acharnement épuise tout l’entourage. La vraie question devient alors : « Est-ce que je répare pour le plaisir de réussir et de rendre service, ou par peur de dépenser et de jeter ? » Dans la grande majorité des cas, la réponse pointe vers la fierté de se sentir capable et la joie sincère d’être utile aux autres.