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Elis construit une maison avec 100 000 vieux journaux : un siècle après, elle tient toujours grâce à ce secret de construction

Une maison en journaux qui défie le temps depuis plus d’un siècle

Sur la côte rocailleuse du Massachusetts, une petite bâtisse contredit les idées reçues depuis plus de cent ans. Ses murs ne sont ni en briques ni en béton — ils sont faits de journaux. Hivers enneigés, embruns marins, visiteurs intrigués : la maison encaisse tout sans broncher. Et pourtant, au départ, personne n’aurait parié un centime sur la longévité de ces piles de papier.

Connue sous le nom de The Paper House, cette étonnante construction se dissimule à Rockport, dans le quartier côtier de Pigeon Cove, sur Cape Ann. C’est l’ingénieur mécanique suédo-américain Elis F. Stenman qui en est l’auteur, au début des années 1920. Son intention première était simple : tester un isolant économique. Ce qui devait rester une expérience technique modeste est devenu, avec le temps, une curiosité architecturale sans équivalent.

Comment Elis F. Stenman a bâti ses murs avec des journaux recyclés

Le chantier débute en 1922, quand Elis F. Stenman entreprend la construction d’une petite résidence estivale. Dès 1924, il commence à collecter les quotidiens de sa famille, de ses amis et de ses voisins aux alentours de Rockport. Au final, ce sont près de 100 000 journaux qui seront transformés en panneaux muraux composés jusqu’à 215 couches de papier superposées, soit environ 2,5 centimètres d’épaisseur par paroi.

Pour lier l’ensemble, l’ingénieur prépare une colle artisanale à base de farine, d’eau et de pelures de pomme, ces dernières étant réputées renforcer la cohésion du mélange. Chaque panneau est ensuite pressé, séché, puis enduit d’un vernis proche d’un vernis marin, conçu pour repousser l’humidité et les intempéries. La structure porteuse, le plancher et la toiture restent en bois, mais Stenman choisit délibérément de laisser le papier apparent.

Une Paper House pensée pour durer, bien au-delà du papier

L’idée reçue selon laquelle la Paper House Rockport ne serait qu’une coquille fragile mérite d’être corrigée. Une ossature en bois solide, une cheminée en briques et un toit classique garantissent la stabilité générale de l’édifice. Les panneaux de journaux, eux, constituent un revêtement étonnamment résistant, renforcé par de multiples couches de vernis réappliquées au fil des décennies.

Implantée à Cape Ann, tout près de l’océan, la maison fait face à l’air chargé de sel et aux écarts de température saisonniers. Selon les descendants d’Elis F. Stenman, notamment sa petite-nièce Edna Beaudoin, l’extérieur a reçu régulièrement de nouvelles couches de vernis pour freiner l’usure. Le couple formé par Elis et Esther Stenman y a passé ses étés jusqu’en 1930, avant que la maison n’ouvre ses portes au public comme attraction touristique.

Du mobilier en journaux et une visite qui surprend à la Paper House Rockport

Les murs à peine achevés, Elis F. Stenman décide de pousser l’expérience encore plus loin. Il se lance dans la fabrication de meubles avec ces mêmes journaux recyclés, en enroulant les feuilles en cylindres compacts qu’il assemble à la façon de baguettes de bois.

  • Une horloge de parquet réalisée à partir de journaux provenant des 48 États américains de l’époque.
  • Un bureau entièrement recouvert d’articles relatant l’exploit aérien de Charles Lindbergh en 1927.
  • Un autre meuble confectionné à partir de pages du journal Christian Science Monitor.
  • Un piano traditionnel habillé de bandelettes de journaux pour s’harmoniser avec le reste de la pièce.

De nos jours, les visiteurs qui empruntent Pigeon Hill Street à Rockport découvrent une maisonnette en bois dont l’intérieur saisit immédiatement. Les colonnes de texte des années 1920 restent lisibles sur les murs, les tables et les chaises. Beaucoup prennent plaisir à déchiffrer d’anciennes nouvelles politiques ou sportives figées dans le temps. L’endroit fonctionne comme un petit musée familial, témoignage vivant de ce que le papier peut accomplir lorsqu’on le traite comme un véritable matériau de construction.